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Conférence magistrale · 16:30 — 17:30

Impact économique de la régulation

José Luis De Ramón, économiste, clôt les contributions substantielles du Séminaire par une lecture économique de l'impact de la régulation sur les secteurs stratégiques de la République Dominicaine.

Résumé exécutif

La régulation des secteurs stratégiques est un déterminant de premier ordre de la performance économique de la République Dominicaine. Les données empiriques et comparées démontrent que ce n'est pas la simple quantité de normes, mais leur qualité —clarté, prévisibilité, application effective et évaluation d'impact— qui explique les différences en matière d'investissement, de productivité et de croissance entre les secteurs. Les cadres réglementaires modernes du tourisme (Ley 158-01/CONFOTUR), des zones franches (Ley 8-90), du système financier (Ley 183-02) et des télécommunications (Ley 153-98) ont soutenu des records historiques d'IDE, d'emploi formel et d'exportations ; le secteur électrique, avec des pertes de distribution de 42,2 % en 2024 et des subventions dépassant RD$106 500 millions cette même année, illustre le coût fiscal d'une régulation incomplète ou faiblement exécutée.

L'État dominicain a accéléré au cours des quatre dernières années une modernisation réglementaire à large spectre : le Pacte Électrique 2021-2030 (212 consensus), la Ley 167-21 d'amélioration réglementaire et son Registre Unique (RUMR), l'avant-projet ANACE qui réforme la Ley 42-08 sur la concurrence en incorporant pour la première fois le contrôle préalable des concentrations, et le Mémorandum d'Entente avec l'OCDE signé à Paris le 24 mars 2026. Le programme « Burocracia Cero » et l'analyse de la Direction d'Analyse Réglementaire (DAR/CNC) révèlent que 60 % de la charge réglementaire totale se concentre sur seulement 10 démarches administratives, ce qui confère à la simplification ciblée un multiplicateur macroéconomique considérable.

Pour l'audience franco-dominicaine, ces processus sont particulièrement pertinents : la France est le deuxième investisseur européen en République Dominicaine et le huitième au niveau mondial, avec un stock cumulé d'IDE supérieur à US$6 000 millions et des engagements de l'Agence Française de Développement (AFD) dépassant US$1 294 millions. Le modèle français de régulateurs sectoriels indépendants —CRE (énergie), ARCEP (télécommunications), ACPR (banque), Autorité de la concurrence— est le référent institutionnel vers lequel converge l'infrastructure institutionnelle réglementaire dominicaine dans sa trajectoire OCDE, et les entreprises françaises présentes dans le pays (TotalEnergies, Vinci Airports, Akuo Energy, Sanofi, CMA-CGM, Accor) sont des acteurs directement affectés par chaque réforme en cours.

Données clés

42,2 %
Pertes de distribution électrique en 2024 — le chiffre le plus élevé depuis 15 ans
Ministerio de Energía y Minas (MEM), Informe de Desempeño 2024
RD$106 542 MM
Subvention électrique de l'État en 2024, contre une moyenne de RD$40 597 MM sur 2016-2020 (+162,4 %)
DIGEPRES 2025
US$4 523 MM
Investissement Direct Étranger (IDE) total reçu en 2024 (+3 % en glissement annuel)
Banco Central de la República Dominicana (BCRD) 2024
16,1 % du PIB
Contribution totale du tourisme à l'économie nationale (US$20 500 MM en 2024)
World Travel & Tourism Council (WTTC), juin 2025
US$8 425,9 MM
Exportations des zones franches en 2024, soit 60,7 % du total des exportations de biens
Consejo Nacional de Zonas Francas de Exportación (CNZFE), Informe Estadístico 2024
60 %
De la charge réglementaire totale se concentre sur seulement 10 démarches administratives clés
Dirección de Análisis Regulatorio (DAR), Consejo Nacional de Competitividad (CNC)
RD$3 971 billions
Actifs totaux du système financier à juin 2025 (53,6 % du PIB), solvabilité bancaire 18,4 %
Superintendencia de Bancos (SB), Informe Trimestral 2025
25 %
Part des sources renouvelables dans la matrice de production électrique à fin 2025
Ministerio de Energía y Minas (MEM) / Comisión Nacional de Energía (CNE)

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Autorités réglementaires

Consejo Nacional de Competitividad (CNC) — Ley 1-06
Entité transversale public-privé présidée par le Président de la République. Coordonne la simplification administrative (programme RD+Simple, Décret 640-20) et l'analyse d'impact réglementaire (AIR). La DAR a identifié que 60 % de la charge réglementaire repose sur 10 démarches.
Ministerio de Administración Pública (MAP) — Ley 167-21
Supervise le Registre Unique d'Amélioration Réglementaire (RUMR), lancé en phase pilote en mai 2024 avec sept institutions. Gère les modules d'Agenda Réglementaire et d'Analyse d'Impact Réglementaire obligatoire pour toute l'Administration Publique.
Superintendencia de Electricidad (SIE) — Ley 125-01
Régule les tarifs et contrôle le sous-secteur électrique. Entre 2022 et 2025, elle a émis 20 règlements, dont la Résolution SIE-007-2026-REG sur la production distribuée. Elle est intervenue en 2024 pour autoriser l'acquisition d'Akuo Energy.
Comisión Nacional de Energía (CNE) — Ley 100-13
Entité directrice de la politique énergétique nationale. Elle a émis la Résolution CNE-AD-0005-2024 sur les systèmes de stockage BESS. Elle a instruit 19 concessions définitives en 2024 et coordonne le Plan Énergétique National (PEN) 2025-2038.
Instituto Dominicano de las Telecomunicaciones (INDOTEL) — Ley 153-98
Régulateur autonome du secteur TIC. Entre 2020 et 2024, il a émis 1 110 résolutions et formalisé des contrats de concession avec Altice, Claro et Viva/Trilogy. Il a piloté le déploiement des réseaux 5G dans les bandes 700 MHz et 3,5 GHz.
Pro-Competencia (future ANACE) — Ley 42-08 / Avant-projet fév. 2026
Autorité de défense de la concurrence. Elle a présenté en février 2026 l'Avant-projet de Loi Organique Antimonopole (ANACE) incorporant le contrôle préalable des concentrations économiques, inexistant dans la réglementation en vigueur, en réponse au Peer Review de l'OCDE de 2024.
Banco Central / Junta Monetaria / Superintendencia de Bancos — Ley 183-02
Administration Monétaire et Financière. La SB a émis les circulaires d'intégration numérique (011/22), de bacs à sable réglementaires (004-23) et d'annulation numérique de produits (CSB-REG-202500014), catalysant la digitalisation bancaire.
CONFOTUR (Consejo de Fomento Turístico) — Ley 158-01 mod. par Ley 195-13
Évalue les projets touristiques et immobiliers et certifie le dispositif d'exonérations fiscales sur 15 ans (ISR, ITBIS, droits de douane, IPI, impôt de transfert). En 2023-2024, il a approuvé 117 projets pour US$5 411 millions.

Cadre juridique applicable

Ley 1-12 — Loi de Stratégie Nationale de Développement 2030 (END)
Cadre de planification à long terme avec quatre axes stratégiques, 90 indicateurs et 460 lignes d'action. Mandate les Pactes Fiscal, Éducatif et Électrique. La ligne 3.3.1.1 exige un État pro-concurrentiel qui élimine les obstacles réglementaires. Base constitutionnelle : Art. 241.
2012
Ley 42-08 — Loi générale de défense de la concurrence
Crée Pro-Competencia. Réglementée par le Décret 252-20. En 2026, l'avant-projet ANACE est en cours d'examen pour la moderniser et incorporer le contrôle préalable des concentrations, en réponse aux recommandations du Peer Review OCDE 2024.
2008
Ley 125-01 — Loi générale de l'électricité (mod. par Ley 186-07)
Crée la SIE et la CNE. Définit le cadre de production, transport et distribution électrique. La Ley 186-07 a qualifié la fraude électrique d'infraction pénale. Le Pacte Électrique 2021-2030 opère dans ce cadre et fixe l'objectif de 30 % d'énergies renouvelables pour 2030.
2001
Ley 153-98 — Loi générale des télécommunications
Crée INDOTEL en tant que régulateur autonome. Le Décret 539-20 déclare d'intérêt national supérieur l'accès universel à Internet à haut débit. Dans ce cadre ont été déployés les réseaux 5G et formalisés les contrats de concession avec les trois principaux opérateurs.
1998
Ley 183-02 — Loi monétaire et financière
Établit l'Administration Monétaire et Financière (Junta Monetaria, BCRD, Superintendencia de Bancos). Régit le système d'intermédiation financière avec un ratio de solvabilité minimum de 10 % (le système maintient 18,4 %). Base du cadre de régulation fintech et de la banque numérique.
2002
Ley 158-01 — Loi de promotion du développement touristique (mod. par Ley 195-13)
Crée le régime CONFOTUR. Octroie une exonération de 100 % pendant 15 ans de l'ISR, de l'ITBIS, des droits de douane à l'importation, de l'IPI et du droit de transfert immobilier pour les projets touristiques approuvés. Réduit le coût de construction de 30 % à 40 %. Appréciation foncière de 58 % dans les pôles émergents comme Miches (2022-2026).
2001
Ley 8-90 — Zones franches d'exportation
Cadre légal du CNZFE. Soutient 94 parcs avec US$7 735 millions d'investissement cumulé et US$8 425,9 millions d'exportations en 2024 (60,7 % du total des biens). Les secteurs leaders sont les produits médicaux, le tabac et le textile.
1990
Ley 167-21 — Amélioration réglementaire et simplification des démarches
Crée le RUMR (Registre Unique d'Amélioration Réglementaire) sous le MAP. Oblige toutes les entités publiques à publier leur agenda réglementaire et à réaliser une analyse d'impact réglementaire (AIR) ex ante avec consultation publique obligatoire avant l'adoption de toute nouvelle norme.
2021
Ley 57-07 — Loi d'incitation au développement des énergies renouvelables
Prévoit des exonérations fiscales et douanières pour la production d'énergie propre. Elle a transformé la matrice électrique : les renouvelables ont représenté 25 % de la production en 2025. Elle attire des IDE de grands acteurs internationaux tels que TotalEnergies et Akuo Energy.
2007
Decreto 408-25 et MoU RD-OCDE (24 mars 2026)
Le Decreto 408-25 déclare d'intérêt national l'adhésion à l'OCDE et crée une Commission Présidentielle. Le MoU signé à Paris par le ministre des Affaires étrangères Roberto Álvarez et le secrétaire général Mathias Cormann formalise le processus de convergence réglementaire vers les normes OCDE.
2025-2026

Analyse approfondie

1. Économie de la régulation : fondements conceptuels

La théorie économique justifie l'intervention réglementaire par quatre rationalités principales : le monopole naturel (réseaux électriques, eau, télécommunications fixes, où les coûts moyens décroissants rendent inefficace la duplication des infrastructures), les externalités négatives non internalisées (émissions, pollution), les asymétries d'information (médicaments, instruments financiers) et les biens méritoires et droits fondamentaux —la Constitution Dominicaine, en son article 15, déclare l'eau « patrimoine national stratégique d'usage public, inaliénable et imprescriptible ».

La critique séminale de George Stigler (1971) a introduit la théorie de la capture réglementaire : «as a rule, regulation is acquired by the industry and is designed and operated primarily for its benefit». Acemoglu et Verdier (2000) offrent la synthèse moderne : toute régulation implique des coûts potentiels —dont le risque de corruption— mais les défaillances de marché ont des conséquences suffisamment graves pour que la capture ne puisse servir de prétexte à la non-régulation. L'agenda de l'OCDE —Better Regulation, RIA ex ante, évaluation ex post, simplification, consultation publique— est la réponse institutionnelle à cette tension.

2. Infrastructure institutionnelle réglementaire dominicaine

L'infrastructure institutionnelle réglementaire de la République Dominicaine est dense et multiniveaux : la Constitution révisée en 2024, la Loi de Stratégie Nationale de Développement (END 2030, Ley 1-12) comme cadre de planification, plus de quinze lois sectorielles avec leurs superintendances et agences autonomes, et un niveau transversal de simplification et de qualité réglementaire piloté par le CNC et le MAP.

La Ley 1-12 organise l'action étatique en quatre axes et 460 lignes d'action évaluées par 90 indicateurs. Sa ligne 3.3.1.1 prescrit explicitement la construction d'un « État pro-concurrentiel » qui réduise les coûts, les démarches et les délais de transaction. Le Consejo Nacional de Competitividad (CNC, Ley 1-06), présidé directement par le Président de la République, fonctionne comme entité transversale public-privé coordonnant le programme « RD+Simple » et la Direction d'Analyse Réglementaire (DAR). Un résultat clé de l'analyse DAR : 60 % de la charge réglementaire pesant sur les entreprises et les citoyens se concentre sur seulement 10 démarches administratives.

La Ley 167-21 d'amélioration réglementaire a formalisé le Registre Unique d'Amélioration Réglementaire (RUMR), administré par le MAP. Son plan pilote de mai 2024 a impliqué sept institutions (SIE, INDOTEL, Superintendencia de Seguros, SISALRIL, MICM, Ministerio de Medio Ambiente et Ayuntamiento de Santiago) et a mis à l'épreuve deux modules critiques : l'Agenda Réglementaire —qui oblige à publier à l'avance toutes les normes envisagées— et l'AIR —qui exige une justification technique coût-bénéfice pour toute nouvelle régulation.

3. Le secteur électrique : le coût paradigmatique d'une régulation incomplète

Le secteur électrique est l'exemple le plus cité du coût d'une régulation insuffisamment exécutée. La Ley 125-01 a créé la SIE et la CNE, et la Ley 186-07 a qualifié la fraude électrique d'infraction pénale, mais la mise en œuvre a été historiquement faible. En 2024, les trois distributeurs (Edenorte, Edesur, EdeEste) ont enregistré des pertes de 42,2 % —le chiffre le plus élevé depuis 15 ans— sur les 20 390 GWh achetés : 7 674 GWh non facturables et 4,6 % facturé mais non recouvré.

La subvention étatique au secteur est passée d'une moyenne de RD$40 597 millions annuels (2016-2020) à RD$106 542 millions en 2024, soit une hausse de 162,4 % (DIGEPRES). Des estimations prudentes situent le déficit du secteur électrique à environ 50 % du déficit fiscal national. Le FMI, dans son évaluation de novembre 2025, a jugé « indispensable » la mise en œuvre complète du Pacte Électrique.

De l'autre côté du bilan réglementaire, la CNE a attiré des investissements de premier plan : en juillet 2025, TotalEnergies a signé un accord pour acquérir 50 % d'AES Dominicana Renewable Energy (ADRE, portefeuille de plus de 250 MW solaires et éoliens) ; en août 2024, la SIE a autorisé la société française Akuo Energy à acquérir le projet Energía Solar del Este Cabreto I (50 MW). La Résolution CNE-AD-0005-2024 sur les systèmes BESS (stockage par batteries) répond au défi d'intégrer l'énergie intermittente dans le réseau. L'objectif est d'atteindre 30 % d'énergie renouvelable dans la matrice d'ici 2030.

4. Tourisme : la régulation comme catalyseur d'investissement

Le tourisme illustre l'effet inverse à celui de l'électricité. La Ley 158-01 et sa modification par la Ley 195-13 établissent le régime CONFOTUR, qui octroie une exonération complète d'ISR, d'ITBIS, de droits de douane à l'importation, d'IPI et de droit de transfert immobilier pendant 15 ans à compter de l'achèvement de la construction. Ce dispositif réduit le coût initial de construction de 30 % à 40 %.

Les résultats sont sans équivoque : 11,19 millions de visiteurs en 2024 (103,7 % de la population ; la RD est le leader régional en visites per capita), recettes touristiques de US$10 970 millions (8,8 % du PIB), contribution totale au PIB de 16,1 % selon le WTTC, multiplicateur économique de 2,88 et 893 000 emplois projetés pour 2025. L'IDE touristique a représenté 28,4 % du total national en 2024. Entre 2023 et 2024, CONFOTUR a approuvé 117 projets pour US$5 411 millions.

5. Zones franches et système financier : une régulation qui consolide les avantages concurrentiels

La Ley 8-90 a créé le régime des zones franches géré par le CNZFE. Avec 94 parcs en activité en 2024 et un investissement cumulé de US$7 735 millions, les exportations des zones franches ont atteint US$8 425,9 millions en 2024, soit 60,7 % du total des exportations de biens dominicains. Les secteurs leaders en valeur sont les produits médicaux (25,1 %), le tabac (24,7 %) et les confections (9,9 %). Les contributions à l'État en 2024 ont dépassé RD$23 354 millions en services, principalement sécurité sociale et énergie.

Le système financier, régi par la Ley 183-02, affiche un ratio de solvabilité de 18,4 % contre un minimum réglementaire de 10 %, des actifs de RD$3 971 billions (53,6 % du PIB) et un taux de créances douteuses de seulement 1,92 %. La Superintendencia de Bancos a porté une agenda de digitalisation qui a fait progresser la confiance dans la banque mobile de 62 % à 91,3 % entre 2022 et 2025. En 2025, 322 596 comptes ont été ouverts 100 % numériquement. Le cadre de régulation fintech comprend des bacs à sable réglementaires (Circular 004-23) et la vérification numérique de documents (CSB-REG-202400010).

6. Amélioration réglementaire et impact sur la compétitivité : le modèle OCDE

L'OCDE a consolidé un agenda de qualité réglementaire centré sur le RIA (Regulatory Impact Assessment) ex ante, la consultation publique, l'évaluation ex post, la simplification administrative et la coopération réglementaire internationale. Les indicateurs clés sont les Worldwide Governance Indicators de la Banque mondiale (qui incluent la « Qualité réglementaire »), le B-READY (successeur du Doing Business, qui couvrira 180 économies à l'horizon 2027, avec la RD dans les prochaines éditions) et le PMR (Product Market Regulation, qui n'inclut pas encore la RD mais fera partie du processus d'adhésion OCDE).

Le Mémorandum d'Entente RD-OCDE signé le 24 mars 2026 à Paris, conjointement avec le Decreto 408-25 qui déclare d'intérêt national l'adhésion, constituent l'engagement formel le plus important de convergence réglementaire. Les réformes prioritaires en attente sont : l'achèvement du Pacte Électrique, l'adoption de la nouvelle Loi ANACE sur la concurrence, l'adoption de la Loi générale sur l'Eau, le renforcement de l'AIR/RIA et l'achèvement du processus d'adhésion pleine.

7. Le modèle français et la relation bilatérale

La France offre le référent institutionnel le plus cité pour la modernisation réglementaire dominicaine : une architecture d'autorités administratives indépendantes par secteur — CRE (énergie), ARCEP (télécommunications et presse), ACPR (banque et assurances), AMF (marchés financiers), Arcom (audiovisuel) et Autorité de la concurrence (consolidée par la Loi LME d'août 2008). Chacune a son équivalent dominicain émergent (SIE/CNE, INDOTEL, SB/SS, SIMV, CONATEL, Pro-Competencia/ANACE).

La présidente de l'ARCEP, Laure de La Raudière, a résumé la logique du modèle : « Notre rôle est de garantir l'ouverture et la compétitivité du marché, pas de réguler le marché de détail. » Sur le plan économique bilatéral, la France possède un stock cumulé d'IDE supérieur à US$6 000 millions en RD ; en 2024, le flux s'est établi à US$163,1 millions (septième/huitième investisseur). La dette bilatérale envers la France s'élève à US$1 334 millions (juillet 2025), dont US$1 294,9 millions correspondent à l'AFD. Parmi les entreprises françaises directement impliquées dans les cadres réglementaires du Séminaire : TotalEnergies et Akuo Energy (secteur électrique renouvelable), Vinci Airports/Aerodom (concession aéroportuaire avec extension de 30 ans à partir de 2023), Sanofi (pharmaceutique, régulé par DIGEMAPS), CMA-CGM (logistique), Accor et Club Med (tourisme/CONFOTUR).

Débats actuels

La régulation comme infrastructure institutionnelle (position dominante dans le débat dominicain)
L'expérience des secteurs les plus performants (tourisme, zones franches, banque, télécommunications) démontre que des cadres réglementaires clairs, prévisibles et bien exécutés sont une condition nécessaire —et non un obstacle— à l'IDE et à la croissance. Le coût de la « non-régulation » dans l'électricité (42,2 % de pertes, subventions de RD$106 542 MM) dépasse de loin le coût de mise en conformité d'une régulation bien conçue.
Qualité réglementaire plutôt que quantité : l'agenda de simplification (CNC, MAP, Burocracia Cero)
60 % de la charge réglementaire se concentre sur 10 démarches. La Ley 167-21 et le RUMR imposent l'obligation de réaliser une analyse d'impact réglementaire (AIR) ex ante et une consultation publique, introduisant une discipline coût-bénéfice dans la production normative qui n'existait pas auparavant. Le débat porte sur la vitesse de mise en œuvre et la culture institutionnelle de conformité.
Contrôle préalable des concentrations économiques (Avant-projet ANACE, 2026)
L'absence d'un régime de notification préalable des fusions et acquisitions dans la Ley 42-08 en vigueur constitue la principale lacune par rapport aux normes OCDE. L'avant-projet ANACE introduit des seuils de notification obligatoire. Le débat porte sur les seuils quantitatifs, le délai d'examen et l'étendue des sanctions, le secteur privé réclamant des délais prévisibles qui ne paralysent pas les opérations de M&A.
Réforme du secteur électrique : tarification, pertes et subventions
Le FMI (novembre 2025) a jugé indispensable la mise en œuvre complète du Pacte Électrique pour réduire les risques fiscaux. Le débat oppose la nécessité de mettre à jour les tarifs indexés sur le coût réel et l'impact social sur les ménages à faibles revenus (le Bonoluz bénéficie à environ 500 000 familles). La Résolution CNE-AD-0005-2024 sur les BESS avance dans le stockage renouvelable, mais le déficit de distribution demeure non résolu.
Convergence OCDE et modèle de régulateurs indépendants
Le MoU de mars 2026 engage la RD à adopter les normes OCDE de qualité réglementaire (RIA, consultation publique, neutralité concurrentielle, gouvernance d'entreprise). Le référent explicite est le modèle européen d'agences indépendantes, incarné par les régulateurs français (CRE, ARCEP, ACPR, AMF). Le débat interne porte sur le rythme de la réforme, la dotation budgétaire des régulateurs et la réforme fiscale intégrale que les agences de notation (Fitch BB-, Moody's Ba3+, S&P BB) indiquent comme condition pour une amélioration de la notation souveraine.

Glossaire

RIA / AIR (Regulatory Impact Assessment / Analyse d'Impact Réglementaire)
Méthodologie ex ante qui exige de toute entité publique l'évaluation et la quantification des coûts et bénéfices d'une nouvelle norme avant son adoption. L'OCDE la considère comme le pilier central de la qualité réglementaire. En RD, elle est obligatoire en vertu de la Ley 167-21 pour tous les organismes enregistrés dans le RUMR.
RUMR (Registre Unique d'Amélioration Réglementaire)
Plateforme numérique placée sous le Ministerio de Administración Pública (MAP) où toutes les entités de l'État dominicain doivent enregistrer, publier et mettre à jour leurs démarches administratives et leur agenda réglementaire. Créé par la Ley 167-21 ; plan pilote initié en mai 2024.
Capture réglementaire
Phénomène décrit par Stigler (1971) dans lequel l'industrie régulée finit par contrôler le régulateur à son propre profit, limitant la concurrence et élevant les rentes. Il constitue le principal risque de conception institutionnelle que l'indépendance du régulateur et la transparence cherchent à atténuer.
BESS (Battery Energy Storage Systems / Systèmes de Stockage d'Énergie par Batteries)
Technologie de stockage électrochimique permettant de stabiliser la fréquence du réseau face à l'intermittence des énergies renouvelables (solaire et éolien). La CNE a émis la Résolution CNE-AD-0005-2024 pour rendre obligatoire leur incorporation dans les projets solaires photovoltaïques en RD.
CONFOTUR (Consejo de Fomento Turístico)
Entité appliquant le régime d'incitations de la Ley 158-01 : exonération totale d'ISR, d'ITBIS, de droits de douane, d'IPI et de droit de transfert immobilier pendant 15 ans pour les projets touristiques qualifiés. La certification définitive n'est délivrée qu'à l'issue de la construction.
Pacte Électrique 2021-2030
Accord de concertation nationale signé le 25 février 2021 par le président Abinader, les partis politiques, le secteur patronal et la société civile, avec 212 consensus dégagés après trois ans de débat au sein du CES. Il établit une feuille de route pour la réforme intégrale du secteur : tarification, pertes, renouvelables (objectif 30 % en 2030), FETE et Bonoluz.
ANACE (Autorité Nationale Antimonopole et de la Concurrence Économique)
Entité qui remplacerait Pro-Competencia en vertu de l'Avant-projet de Loi Organique présenté en février 2026. La réforme la plus notable est l'incorporation du contrôle préalable des concentrations économiques (fusions et acquisitions dépassant des seuils définis), mécanisme inexistant dans la Ley 42-08 en vigueur.
AFD (Agence Française de Développement)
Banque publique française de développement présente en RD depuis plus de 20 ans. Principal créancier bilatéral du pays : US$1 294,9 millions engagés dans les infrastructures urbaines (Métro de Santo Domingo), l'eau, l'environnement et la résilience climatique. Agit en coordination avec la CCIFD et l'ambassade de France.
Multiplicateur économique du tourisme
Coefficient mesurant l'effet multiplié de l'activité touristique sur l'économie. L'étude Analytica/Banco Popular/Asonahores (2024) a estimé un multiplicateur de 2,88 pour la RD : pour chaque peso généré directement par le tourisme, 1,88 peso supplémentaire est créé dans l'économie via des enchaînements indirects et induits.
B-READY (Business Ready)
Indicateur de la Banque mondiale qui, depuis 2024, remplace le Doing Business. Il mesure l'environnement réglementaire, les services publics et l'efficacité opérationnelle dans 10 domaines. La RD figurait parmi les 5 premiers du dernier Doing Business (2020) ; son intégration au B-READY est prévue dans les prochaines éditions (objectif : 180 économies à l'horizon 2027).
Coût réglementaire
Ensemble des charges économiques directes et indirectes qu'une norme impose aux administrés : temps de mise en conformité, coûts administratifs, investissements requis et perte d'efficacité. Le CNC/DAR a identifié que 60 % de la charge réglementaire dominicaine se concentre sur 10 démarches, ce qui oriente la priorisation de la simplification.
PMR (Product Market Regulation) — OCDE
Indicateur de l'OCDE mesurant les barrières réglementaires à la concurrence sur les marchés de biens et de services. La France dispose d'un cadre jugé « rather competition-friendly » selon le PMR 2024. La RD ne figure pas encore dans la base PMR ; son intégration fera partie du processus d'adhésion à l'OCDE initié avec le MoU de mars 2026.

Sources et lectures complémentaires

Question centrale

Quel est le coût économique réel de la régulation dans les secteurs stratégiques dominicains, et quels sont les leviers pour l'optimiser sans affaiblir la discipline institutionnelle ?

Participants

  • José Luis De RamónÉconomiste

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